Antigone

Présentation du projet

Genèse

En juillet 2018, notre projet de création d’Antigone d’après Bertolt Brecht a été sélectionné dans la programmation d’Un festival à Villeréal. Nous sommes donc partis pendant un mois et demi, avec une équipe entièrement féminine, pour monter cette œuvre majeure du théâtre antique qui a traversé les siècles et qui reste inexorablement actuelle. A Villeréal il n’y a pas de théâtre et l’enjeu est de faire naître des créations « in situ ». Nous avons donc choisi de créer Antigone en plein air, dans le jardin d’une maison désaffectée. Ça a été une expérience artistique fascinante, qui a eu un excellent accueil de la part du public et des professionnels de la région. Après cette première ouverture, j’ai eu envie de retravailler la mise en scène, pour cette fois-ci la jouer dans une salle de théâtre et afin de diffuser le travail plus largement. La compagnie est alors en train de travailler sur une version intra-muros qui verra le jour au printemps 2020.

L’Antigone de Brecht

En 1948, trois ans après la fin de la deuxième guerre et la chute du III Reich, Brecht adapte Antigone de Sophocle et l’appelle Modèle Antigone 1948. C’est la première pièce qu’il va écrire et mettre en scène post-guerre. Tirée de Sophocle via la traduction d’Hölderlin, l’auteur se sert du mythe d’Antigone pour faire une analogie avec la chute du IIIe Reich, de son peuple et ses dirigeants. « Des déserteurs, des adolescents affolés par la peur, des soldats qui avaient perdu leurs unités débandées, se retrouvaient pendus aux réverbères de Berlin. Quiconque se risquait de dépendre leurs cadavres couverts de mouches pouvait être exécuté sur-le-champ. » Les Antigones, Georges Steiner
L’adaptation de Brecht, qui préserve dans l’ensemble le texte de Sophocle, introduit d’emblée une modification fondamentale : Créon, tyran de Thèbes, mène une guerre impérialiste contre Argos. Etéocle meurt au combat, Polynice veut déserter ; Créon le tue, ordonne qu’on laisse son corps sans sépulture. Antigone se révolte, mais contrairement à la tragédie grecque, elle n’invoque pas
les dieux, mais l’humain.

 

Note d’intention – Flavia Lorenzi

Une Antigone jouée par cinq comédiennes

Dès les débuts de la recherche autour de ce texte, j’ai eu le désir de le monter avec une équipe exclusivement féminine. Les comédiennes jouent donc tous les rôles, y compris les rôles masculins. Bien que le théâtre contemporain nous permette largement cet abordage, il y a surtout dans ce choix le geste d’un clin d’œil provocateur au théâtre antique, qui pour sa part n’était joué que par des hommes, les femmes n’ayant pas le droit – entre autres choses – de monter sur scène ; en résumé, une société, bien que démocratique, absolument patriarcale.

Même si les choses ont énormément évolué dans notre société, celle-ci reste majoritairement dirigée par les hommes. Antigone, ici aujourd’hui, ne cesse de subir son destin tragique, aussi parce que c’est une femme qui affronte l’homme au pouvoir.

Dans cette mise en scène j’ai eu donc envie de donner la place aux femmes, à leurs voix, leurs corps, à la possibilité pour les comédiennes de jouer des rôles masculins. J’ai voulu faire l’expérience de créer entre femmes, sans pour autant mettre cette thématique au premier plan, car les sujets déployés par la pièce de Brecht sont nombreux, et même si la question féminine fait partir des thèmes d’Antigone, d’autres points de réflexion nous intéressent et nous motivent dans l’étude cette œuvre.

A la date du 17 septembre 1941, à Riga, pendant l’occupation nazie, une jeune fille est surprise en train de répandre de la terre sur le cadavre de son frère qui vient d’être exécuté et exposé en public. La politique est totalement étrangère à ses sentiments. Quand on lui demande la raison de son geste, elle répond: « C’était mon frère. Pour moi, cela suffit. »

Les Antigones, Georges Steiner

 

dossier artistique

Texte Bertolt Brecht
Traduction Maurice Regnaut
Mise en scène Flavia Lorenzi
Jeu Camille Duquesne, Laure Nathan, Juliette Boudet,Maïe Degove, Valeria Dafarra, Venia Stamatiadi
Direction musicale Valeria Dafarra et Laure Nathan
Scénographie, acessoires et costumes Janaina Wagner
Co-produit par “Un festival à Villeréal” édition 2018