Les étoiles de notre ciel

Du 11 au 27 janvier 2019 au Théâtre du Soleil

Le spectacle Les étoiles de notre ciel a reçu le label “Centenaire” de la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale.

 

  • Présentation

Notre projet a comme point de départ dramaturgique des journaux de jeunes que le destin a jetés au cœur de différents conflits de l’Histoire contemporaine. Ces journaux sont issus du recueil  Paroles d’enfants dans la guerre, de Zlata Filipovic, elle-même auteur d’un journal de guerre pendant le siège de Sarajevo (1995). En parallèle, nous avons les témoignages transcris par l’historienne et écrivain biélorusse Svetlana Alexievitch, dans son livre Derniers Témoins.

Ces personnes ont trouvé dans l’écriture et le témoignage un acte de résistance, une sorte d’échappatoire aux horreurs de la guerre, dans un désir violent de communiquer, de penser que quelqu’un écoute, entend, comprend, et d’affirmer que quelque chose d’autre est possible. Par le récit de ces vies bousculées, violentées, balayées par l’irruption de la guerre dans leurs quotidiens, nous nous trouvons intimement confronter à ce que serait la guerre pour nous, à ce qu’elle est pour tous ceux qui la vivent actuellement. Ces jeunes personnes nous ont légué ces documents, quelques uns soigneusement cachés pendant des décennies, faisant surface dans notre temps pour nous rappeler que la paix est un des biens le plus précieux d’une société.

 

  • Note d’intention par Flavia Lorenzi

Pourquoi cinq jeunes artistes, habitant à Paris en 2017, n’ayant pas connu la guerre, ont eu le désir de travailler à partir de ce sujet ? En quoi cela nous touche, nous mobilise ? Il y a quelques années j’ai commencé une sorte de plongée de long souffle dans le monde de la mémoire historique et politique au travers de récits intimes et poétiques. La première partie de cette quête concernait plus directement mes racines : la mémoire politique oubliée de l’Amérique Latine.
Ensuite ce chemin m’a conduit à chercher les histoires cachées derrières les plaques commémoratives que l’on voit partout en France et en Europe. Chacun de ces récits intimes traversent l’Histoire commune et nous dévoilent des êtres humains ordinaires, si proches de nous-mêmes.
Ceci est devenu mon sujet. À chaque lecture, à chaque découverte j’étais saisie avec une force ravageuse par ces vies et ce dont elles témoignent. J’avais besoin de partager, d’en parler, de trouver une forme pour exprimer ce qui m’avait profondément touché. J’ai décidé d’amener ce sujet au sein de la compagnie BrutaFlor et d’inviter des artistes sensibles à cette matière, afin de chercher avec moi une forme théâtrale autour de ces récits.
Mon désir est de prolonger le geste de résistance entamé par chacun de ces jeunes, les sortir du passé et les mettre au présent du plateau, donner des voix à leurs voix, chanter leurs chants, leurs lamentations, leurs épiphanies. Le théâtre peut en rendre
compte, et voilà notre plus grand défi : trouver un langage scénique qui raconte,
non seulement ces récits, mais aussi les champs des sensibles qui nous a bouleversés
lors de notre rencontre avec toutes ces voix.

 

  • La dramaturgie

Nous sommes passés par différentes étapes d’écriture et d’essais pratiques afin de trouver notre dramaturgie. Lors de ce préambule, quelques directions ont fait surface. Il était très difficile de transformer ces récits en fiction, de jouer le jeu du personnage, du récit narratif, du « comme si ». J’ai préféré donc prendre le chemin du témoignage, de donner la voix à ces récits sans forcément passer par une incarnation fictive, mais plutôt sensible.

Un autre point névralgique : comment placer la grande Histoire dans cette dramaturgie ? Au départ j’étais absolument happée par cet aspect, riche de choses à raconter : les époques, les chants, les personnalités, les moments marquants connus par nous tous… Mais voilà, « connu par nous tous ». Nous serions donc en train de raconter un épisode historique, mettant à nouveau l’Histoire devant l’existence humaine. Non, il fallait traiter la grande Histoire différemment, car la chronologie peut brouiller les pistes en nous faisant penser que nous parlons d’une guerre lointaine, alors que notre but et notre défi est de parler d’aujourd’hui, de cette salle guerre, toujours la même guerre, toujours les mêmes victimes.

Nous avons choisi donc de travailler à partir d’une dramaturgie fragmentaire, sensible et chorale. Une traversée dans ce monde des voix, où nous ne suivons pas forcément la narrative d’un personnage, mais plutôt l’exposition de tableaux, de mémoires, sans ordre chronologique mais avec une question récurrente : que reste-t-il de la guerre ? Qu’y a-t-il de plus fort que la guerre ?  Existe-il le moindre espoir que ça s’arrange un jour ?

 

  • La dramaturgie du plateau – un quatuor au présent

Le travail choral est la base du travail de plateau au sein de la Cie BrutaFlor. Cette fois-ci, la présence des acteurs prend la forme d’un quatuor : quatre personnalités aussi diverses que riches viennent sur scène traverser ces fragments de récits, de journaux, de témoignages. Chacun a sa voix, sa présence, son corps, sa trajectoire dans l’espace, et pourtant la force majeure est dans l’unité du quatuor formé par ces individualités.

Plus qu’une incarnation dramatique de la parole d’autrui, ce qui est au centre de notre travail est la quête de l’acteur-passeur : faire de l’espace pour laisser entendre cette multiplicité de voix, en être un pont, sans pour autant perdre la sensibilité de la pensée et du corps au moment de livrer ces paroles.

Mais la qualité la plus importante de la présence de ce quatuor est son actualité ; si les voix viennent d’ailleurs, d’une mémoire plus au moins lointaine, les corps qui le composent sont bien au présent, en lien direct avec le monde qui nous entoure, avec nos combats d’aujourd’hui ; ils représentent non pas une jeunesse historique mais celle qui nous concerne ici et maintenant. Leurs corps sont véhicules de résistance, acte performatif de lutte, en parallèle avec l’évocation de la mémoire. La rencontre entre le passé et le présent a lieu sur le plateau.

 

D’après

Paroles d’enfants dans la guerre de Mélanie Challenger et Zlata Filipovic

et Dernier Témoins de Svetlana Alexievicht

Mise en scène et dramaturgie

Flavia Lorenzi

Jeu 

Bruno Stierli, Camille Duquesne, Enora Henry et Maïe Degove

Création lumière

Arthur Braesch

Création son

Arthur Braesch et Enora Henry

Regard artistique

Frode Bjornstad

Administration

Jean-Michel Poulé

Diffusion

Cie BrutaFlor