Nijinski, ou la dernière danse du Dieu Bleu

Avec Arman Saribekyan II Mise en scène Flavia Lorenzi

  • Présenté au Théâtre du Soleil du 31 janvier au 09 février 2020
  • Présenté au Festival MonoAkt – International Festival of Monodrama in Kosovo, Juin 2019 – Prix spécial du jury pour la performance de Arman Saribekyan
  • Présenté au Armmono Festival International, Arménie, Mai 2019

« Nijinski, ou la dernière Danse du dieu bleu » est une adaptation des Cahiers dans une nouvelle traduction. Flavia Lorenzi et son acteur Arman Saribekyan nous présentent le parcours exceptionnel d’un artiste hors normes et parfois visionnaire : «On m’a dit que j’étais fou, je croyais que j’étais vivant.» Devant un simple rideau de fond, le comédien du Théâtre du Soleil incarne parfaitement les mots et les maux du danseur, avec, pour seuls accessoires, une chaise et une petite table de maquillage. Accompagné par des extraits de musiques d’Igor Stravinsky et de Frédéric Chopin, il nous emporte en une heure et sans caricature, dans la vie de Vaslav Nijinski. »

Jean Couturier- Théâtre du Blog


Notes pour Nijinski, par Arman Saribekyan

à l’Homme …

Il y a des artistes tellement fascinants, qu’on refuse d’admettre qu’ils soient des êtres humains. Alors, ne trouvant d’autres épithètes pour les qualifier, on les proclame « dieux ». On établit une sorte de culte, une dévotion, on sacralise ces artistes. Se crée un mythe.

Vaslav Nijinski était un de ces phénomènes. Très vite il avait gravi les marches de la gloire – enfant prodige de l’École Impériale de Saint-Petersbourg, premier danseur puis étoile du Théâtre Mariinsky pour enfin devenir dieu de la danse, emblème des fameux Ballets Russes de Diaghilev. Cette entreprise et aventure artistique sans précédent a régné durant vingt ans sur la scène mondiale et a réuni dans son giron les meilleurs représentants de l’art moderne : musiciens, peintres, décorateurs, chorégraphes, danseurs, poètes…

De Paris à Buenos Aires en passant par New York et Berlin, ils ont galvanisé les foules, ont ébloui les spectateurs de tout l’Occident. Et soudain, on jette aux oubliettes l’idole, par jalousie ou par vengeance, on congédie l’artiste. Que devient-il, alors ? Enfermé en Suisse – petit îlot de paix ou prison – dans un monde qui se déchire dans sa Première Grande Guerre, avait-t-il d’autre choix que de perdre la raison ?

« Je suis un dieu qui meurt si on ne l’aime pas », déclare Nijinski dans ses Cahiers, son journal intime.

C’est probablement cette phrase qui m’a tant bouleversé et m’a donné envie de comprendre ce qui s’est passé vraiment dans la tête, dans l’âme et dans le cœur de cet homme.

Et la meilleure manière de comprendre, n’est-il pas de s’identifier à l’autre, de se mettre à sa place ?!


Note d’intention par Flavia Lorenzi

« On m’a dit que j’étais fou. Je croyais que j’étais vivant. »

Quand on ouvre les Cahiers de Nijinski on est immédiatement pris dans un mouvement vertigineux, envahi par un torrent de mots, d’images, de sentiments où l’histoire personnelle de l’artiste se mélange avec celle du monde dans lequel il vit : une Europe post guerre assoiffée de vie, les années folles, les avant-gardes florissantes, mais également la révolution russe et les premières purges dont sa famille fut victime.

Mais lire Nijinski, c’est avant tout entrer dans la tête d’un homme qui est en train de perdre son équilibre et qui nous dévoile un monde sans contours. Le texte est déroutant, une phrase contredit l’autre, la pensée défile à une vitesse presque insaisissable, entre passages mégalomaniaques et idées délirantes, et ce n’est qu’au cœur de la tourmente que le message de ce grand artiste émerge. Avec une extrême clairvoyance, Nijinski nous livre un discours puissant qui a la force de traverser le siècle et de parler directement à nous, ici et aujourd’hui.

Ce qui touche le plus profondément dans les écrits de Nijinski est de voir combien de lucidité jaillit de sa folie, il nous donne à voir un monde aussi malade que lui, un monde qui manque d’amour.

J’ai envie de pleurer, mais je ne peux pas, car mon âme me fait si mal que j’ai peur pour moi. Je sens de la douleur. Je suis malade de l’âme. Je suis malade de l’âme, et pas d’esprit. Je souffre. Je souffre. Je suis un homme, et pas une bête. J’aime tout le monde. Je veux danser. Je veux dessiner. Je veux jouer du piano. Je veux écrire des vers. Je veux composer des ballets. Je veux aimer tout le monde. C’est mon but dans la vie. J’aime tout le monde. Je ne veux pas de la guerre. Je ne veux pas de frontières d’États. Je suis le globe terrestre. Je suis la terre. J’ai une maison partout. Je ne veux rien posséder. Je ne veux pas être riche. Je veux aimer, aimer.

 Vaslav Nijinski

Jouer ce texte au théâtre est un projet que le comédien Arman Saribekyan mûrit depuis longtemps avec passion et c’est avec grand enthousiasme que j’ai embarqué dans cette aventure avec lui.

Notre travail a été celui de créer une écriture scénique, entremêlant corps et mots, dessinant l’espace et créant une chorégraphie gestuelle appuyée sur le texte. L’espace de jeu est épuré : un rideau au fond de scène et une chaise. Les lieux et personnages évoqués dans le texte de Nijinski font apparition dans le corps et la voix du comédien, et notre seul objet, la chaise, nous sert à la fois de voiture, de bord du fleuve Neva, de montagne enneigée, où Nijinski entend les commandements de Dieu, ou encore de pistolet. Le comédien parle directement au public, le regarde droit dans les yeux, le prend à témoin, témoin de ses dernières paroles, de ses derniers désirs. Dans notre proposition, la lisière entre scène et salle est effacée et le public prend une place active dans le jeu du comédien, créant ainsi un lien de confidence et d’intimité.

Le mythe du danseur a toujours dépassé la dimension de l’homme, notre adaptation scénique souhaite mettre en lumière justement cet homme, le comprendre par l’enfant qu’il a été, le déchirement constant qu’il ressent par sa condition d’artiste, son message omniprésent d’amour de l’humanité.

Se confronter à l’œuvre de Nijinski et donner voix à sa parole nous questionne sur les limites de la raison et de la perte de celle-ci. La folie est-elle vraiment déraisonnable ? Ce qui est certain est que Nijinski avait besoin de la scène pour survivre, il ne savait pas vivre la vie ailleurs. Lorsque la terre ferme, pour lui le plancher du théâtre, ne se trouve plus à ses pieds, il perd l’équilibre.

Nous  partageons ce même besoin, le besoin de la création, d’avoir un plancher sous nos pieds, de pouvoir exprimer notre regard sur le monde ou tout simplement nous poser des questions. Nous nous mêlons donc aux paroles de Vaslav Nijinski pour crier avec lui, pour vous demander de ressentir davantage la vie.


Équipe Artistique

• Nijinski, ou la dernière danse du Dieu Bleu •

D’après Cahiers de Vaslav Nijinski

Adaptation Arman Saribekyan

Traduction Christian Dumais-Lvowski

Mise en scène Flavia Lorenzi

Jeu Arman Saribekyan

Préparation corporelle Alex Sander dos Santos

Création Son Thérèse Spirli

Création Lumière Lila Meynard

Régisseur lumière  Geoffroy Adragna

Costumes Marie-Hélène Bouvet et Annie Tran

Décors Flavia Lorenzi et Arman Saribekyan

Communication  Nathalia Bogdanovska