Nouvelle création : Les Héroïdes

 Création collective d’après Les Héroïdes d’Ovide et autres matériaux

Mise en scène et dramaturgie Flavia Lorenzi

Direction musicale Baptiste Lopez

Direction de mouvement  Luar Maria

Scénographie et lumières Bia Kaysel

Costumes Charlotte Espinosa

Avec  Alice Barbosa, Ayana Fuentes, Capucine Baroni,

Juliette Boudet, Laura Clauzel, Lucie Brandsma et Rita Grillo

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 * Festival Fragment(s) #9 *

19 et 20 octobre 2021 au Grand Parquet

21 janvier 2022 à l’Équinoxe Scène National de Châteauroux

Avec le soutien du Théâtre 13, Mains d’œuvres et Le LoKal

 

Note d’intention par Flavia Lorenzi

  • Un port d’où partir

Le point de départ de cette nouvelle création est Les Héroïdes, œuvre du poète romain Ovide. Epistuale Herodium, est un recueil de lettres fictives où Ovide a imaginé ce qu’auraient dit Pénélope à Ulysse, Ariane à Thésée, Hypsipyle à Jason, Didon à Énée, Briséis à Achille, pour ne citer qu’elles, au total vingt-une lettres écrites par des héroïnes mythologiques à leurs amants absents.

Si les relations amoureuses et les blessures que celles-ci provoquent sont l’un des noyaux centraux de ces textes, souvent présentés comme des lettres d’amour, mon sentiment en les lisant est qu’elles ouvrent un champ beaucoup plus large que celui de la lamentation amoureuse.

Donner la parole à Pénélope, entendre son chant depuis Ithaque, déplacer le regard de l’aventure en mer du glorieux Ulysse pour écouter pour une fois sa femme, celle qui est restée deux décennies à attendre… mais… seulement à attendre ? Et depuis quand et jusqu’à quand attend la sage Pénélope ?

Dans la lettre qu’Ariane envoie à Thésée on entend le bruit assourdissant de sa colère bachique lorsqu’elle découvre qu’il l’avait fuie en hissant ses voiles : « Où fuis-tu ? Reviens criminel Thésée, tourne de ce côté ton vaisseau, il n’est pas au complet ! »

Ariane, jeune fille, éperdument amoureuse du héros Thésée, nous livre sa plainte remplie de colère et indignation pour plus tard devenir la femme de Bacchus. Ariane bacchante, celle qui a lâché le fil salvateur du héros pour retrouver son propre chemin, sa propre liberté.

Ce sont des mots de revendication qu’Hypsipyle écrit à Jason, son époux qui ne retournera plus jamais en la laissant seule sur son île avec ses deux enfants : « Je te félicite, autant que tu le permets, de l’heureuse issue de ton expédition. Cependant, j’aurais dû en être informée par un écrit de ta main. Les vents peuvent bien avoir contrarié ton désir d’aborder dans mes états, selon ta promesse, mais les vents opposés n’empêchent pas d’écrire une lettre. Hypsipyle était digne que tu lui envoyasses ton salut. »

Ce sont des lettres d’amour, certes, mais ces femmes ne font pas que se lamenter, non ! Elles sont en colère, elles crient leur révolte, elles combattent leurs destins, elles se fraient un chemin avec leurs propres voix, elles cherchent une place dans tous ces récits où l’on voit le plus souvent les exploits du héros, de l’homme – celui qui n’a pas pu faire autrement ? Celui qui n’a pas pu refuser l’aventure, le voyage, le destin glorieux ?

Ovide a donné la parole à ces personnages féminins, nous écoutons aujourd’hui ces chants dont l’écho –parfois lointain, parfois si proche – résonne dans notre monde, se glisse dans nos chants contemporains.

Comment peut-on raconter ces mythes féminins, les imaginer et en prendre possession ? Si ces mythes dévoilent sûrement des aspects de nous-mêmes, femmes modernes, que pourrions-nous à notre tour dire à ces femmes imaginaires ? Et encore, que pourrions-nous leur faire dire, comment pourrions-nous donner une nouvelle couche d’existence à ces mythes ?

Avec une équipe féminine au plateau, nous voulons créer un spectacle qui sera issu d’une écriture de plateau où d’autres éléments littéraires s’ajouteront au texte du poète romain au fur et à mesure du processus de création. Des textes classiques, contemporains mais également des textes écrits et improvisés par les comédiennes elles-mêmes.

L’écriture du plateau sera appuyée sur des improvisations collectives, où corps, chorégraphies, rythmes, textes, musiques, architectures se retrouveront sur un même dispositif donnant ainsi à voir des possibles tableaux scéniques.

Mon désir est de créer un dialogue entre les voix antiques et les voix contemporaines ; ce procédé sera abordé pour l’ensemble des éléments esthétiques.

Ce sera un travail choral et rapsodique (couture des chants), tout en croisant texte, chorégraphie et musique.

« Je me demandais depuis des années quel était l’étymon du mot abandon, trébuchant sur des chemins escarpés à la recherche d’une racine, indo-européenne ou non.

Et ces trois lettres finales, don, me tourmentaient : serait-il possible qu’être quittées pour toujours par quelqu’un qui ne veut plus de nous (ou qui n’a jamais voulu de nous) puisse un jour lointain, se révéler un cadeau, voire une véritable libération ? »

Andréa Marcolongo – Étymologies. Pour survivre au chaos